Le Grand Incendie de Noël 2014

5 janvier 2017

Par Ingrid

Catégorie : Articles

J’en ai vécu des Noëls mouvementés : des tragiques (salut à toi, Cambriolage-du-25‑décembre‑2010), des affreux (bien le bonjour, Vol-des-cadeaux-dans-le-coffre-de-la-voiture-de-2003), des épineux (coucou, Chute-dans-le-sapin-de-1993)… mais la consécration a eu lieu le 24 décembre 2014, que l’on appelle entre nous « le Grand Incendie de Noël 2014 » (avec des majuscules partout).

Premier Noël à deux. Avant ça, je n’avais pratiquement connu que des gavages de convives en tablée de vingt-huit – même si j’ai aussi fait un Noël à trois, et même un Noël à un (enfin, à 0,5, car je n’étais que la moitié de moi-même. La moitié de moi-même avec du hoummous immangeable et un épisode de Danger dans le ciel, mais c’est une autre histoire).

Bref.

Premier Noël à deux.

On s’est donné du mal pour recréer notre biotope naturel de Français : il y a des escargots, des huîtres, du foie gras… j’ai même trouvé au Dollarama des « cierges magiques », ces petits bâtons gris qui font des étincelles.

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Ne vous fiez pas à leur apparence inoffensive.

Chez mes inconscients de géniteurs, on les accroche dans le sapin, puis on les allume et on les regarde se consumer avec de grands cris de joie jusqu’à ce que le dernier s’éteigne, et la magie avec. Alors cette année, je décide, toute guillerette, de perpétuer la tradition, en choisissant les plus gros, les plus larges et les plus longs du magasin. Riche idée, ma fille.

21 h 06
Le repas du réveillon est englouti. C’est l’heure des cadeaux. J’insiste lourdement auprès de mon compagnon de festivités pour allumer les fameux cierges. L’homme n’est pas chaud, mais cède sous la pression. Il décide de garder à proximité un extincteur, ce dont je me gausse allègrement.

21 h 11
Les cierges sont accrochés dans le sapin. J’allume le premier. Ça crépite, je sautille. Je m’attaque au second. Puis au troisième.

21 h 11 et 15 secondes
Du coin de l’œil, je vois quelque chose de louche. IL Y A UNE BRANCHE QUI FLAMBE. Mon sang-froid légendaire et moi nous paralysons complètement et regardons d’un œil hagard le sapin se transformer en torche végétale.

21 h 11 et 20 secondes
Je suis toujours en train de fixer les flammes, pendant que l’homme s’improvise sapeur-pompier en aspergeant l’intégralité du salon avec l’extincteur.

21 h 11 et 30 secondes
Avez-vous déjà utilisé un extincteur en intérieur? C’est une expérience mémorable que je recommande à tous : l’air est blanc, le sol est blanc, le plafond est blanc, le sapin est blanc, les cadeaux sous le sapin sont blancs. Peux plus respirer.

21 h 12
L’alarme anti-incendie fait son boulot d’alarme et nous vrille les tympans.

21 h 12 et 22 secondes
Le pompier en herbe m’ayant vu fuir à toutes jambes en direction de l’alarme et entendant toujours celle-ci sonner à réveiller les morts, il se demande ce que je peux bien fabriquer et accourt dans l’entrée. Où il me retrouve figée, l’œil vide, et toujours le briquet à la main.

21 h 12 et demie
Super Pompier attrape une chaise et bondit dessus pour atteindre le boîtier au plafond et le débrancher. Il me hurle d’aller ouvrir la porte.

21 h 13
Super Pompier n’arrive pas à éteindre l’alarme et doit l’arracher du plafond pour la faire taire, prenant au passage un méchant marron. C’est à ce moment que mon cerveau se rallume et ordonne à mes jambes de lui venir en aide fuir. Je cours à la porte pour respirer un peu d’air frais.

21 h 14
Super Pompier est toujours accroché au plafond avec son alarme et me crie d’aller ouvrir la baie vitrée, à l’autre bout de l’appartement. Je vois bien qu’il faudrait que j’agisse, mais tout ce que mon cerveau me communique, c’est : « RESPIRER. PAS BOUGER. »

21 h 15
Super Pompier n’a pas l’air très content et se résout à se débrouiller seul.

21 h 16
Super Pompier est de retour. En attendant que la poussière retombe, nous n’avons pas d’autre choix que d’attendre sur le balcon avant... où nous tombons nez à nez avec les invités de notre propriétaire (qui vit au-dessus), en train de se griller une cibiche. C’est avec beaucoup de naturel que nous leur disons bonsoir, pieds nus sous la pluie et blancs de la tête au pied. D’un coup d’œil de connivence, nous décidons de changer nos plans : nous nous éclipsons discrètement et retraversons le salon désolé pour rejoindre le balcon arrière.

21 h 19
Déballage des cadeaux sur le balcon, sous la pluie.

21 h 30
Le froid commence à piquer, mais pas autant que la poudre d’extincteur qui nous gratte la gorge et les yeux. J’ai peur de mourir, mais Super Pompier me rassure. Il a l’œil rouge et les cheveux tout blancs. J’ai bizarrement du mal à le croire.

21 h 41
Retour au salon. Vision de cauchemar.

21 h 42
SP annonce que nous devons nous débarrasser du sapin, ce témoin gênant. Et c’est ainsi que cette soirée atteint son apogée : SP et moi, le visage couvert par des foulards, en train de désosser le sapin au sécateur et d’enfourner les branches qui tombent dans de grands sacs-poubelles.

21 h 54
Je me sens gravement comme Gérard Jugnot dans Le père Noël est une ordure... Vous verrez que d’ici cinq minutes, un voisin bulgare va débarouler pour nous offrir des doubitchous.

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SP et moi contemplant le salon ravagé

22 h 38
Le sapin est débité. Nous allons jeter les sacs dans des bacs à l’autre bout de la rue en rasant les murs. Enfin débarrassés du corps. Mission accomplie.

22 h 59
D’un commun accord, nous décidons que cette journée doit prendre fin le plus rapidement possible et allons nous coucher dans des draps blancs. De poussière.

Le ménage de printemps est devancé de quatre mois.

Moralité : Sapin en tisons, Noël au balcon.

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Noël 2014, une allégorie