Les grandes vacances

16 février 2018

Par Ingrid

Catégorie : Articles

J’ai grandi dans les années soixante. Bal de village, gendarmes à vélo, douceur de vivre, parfums de Provence. J’en ai vécu des histoires, si vous saviez, de valises volées et de Mustangs lancées à pleine vitesse dans les lacets des Alpilles, de diamants planqués dans des Cadillac et d’attentats à l’opéra.

Frère et moi, assis bien droit, petites jambes potelées. Le pouce dans la bouche, sans doute, le regard plongé dans la bonne lumière du sud de la France, des pics ardéchois et du bleu fou de la Méditerranée. Le rituel du mercredi après-midi, nous soûler aux bourrasques de la tramontane, rire des moines en bure noire et des 2CV qui passent à toute berzingue.

On rit avec Louis, André, Fernand et Jacques, et Raymond nous joue sa musique. Nous aussi, on pique des uniformes de soldats allemands, on se planque dans des abbayes sous les jupes des sœurs, on se soûle au rouge de Beaune. Dans nos petits cœurs d’enfants, bien plantée, bien ancrée, la douceur de la vie diffuse ses tanins doux-amers. Les bonnes gens, le bon soleil, le bon temps qui n’en finit pas, on s’en grise à tituber sur nos gambettes.

J’ai grandi dans les années soixante, avec toute la clique des copains. Une sacrée petite bande. Mais les copains, ça va, ça vient. Les miens sont tous partis se tailler un petit coin de plage ou de pâturage au paradis des grands hommes. Le rituel du mercredi après-midi, c’était de réunir la bande. Nous soûler une heure et demie aux bourrasques de la tramontane, rire des curés en bure noire et des 2CV qui passent à toute berzingue.

Et puis Papa éteignait la télé.