Les perroquets

19 février 2018

Par Ingrid

Catégorie : Articles

Minets en marinière, Wayfarer sur le nez, Marlboro au bec, dans les bons soirs de juin. Des douches à l’Heineken. T’as seize ans à peine révolus, frange lissée, moue facile. Pas simple de te faire rire, il n’y a qu’avec ton envol de copines que tu laisses aller tes grandes ailes pas pratiques. Les Pete Doherty en chemise débraillée piétinent le trottoir, tu passes les yeux baissés. Les Français à l’anglaise, bonjour monsieur, on se dit « vous » pour mettre de la distance entre nos becs inquisiteurs.

Les jeunes hommes sont des perroquets.

Soirée versicolore, tu danses, tu danses, tu descends les escaliers moins vite que tes rhums-coca, tu te perds dans les ruelles, bras-dessus bras-dessous, que c’est beau d’avoir seize ans. T’as du rock’n’roll australien dans la tête, ta ville, on dirait Paris, jolie petite ville de province sous le grand ciel velouté de juin. Tu piques une plume de perroquet à ton chapeau, tu rallumes une mentholée. Jeunesse de centre-ville, salons lambrissés, manteaux de cheminées, manteaux à plumes de perroquets. Tous les aras de la pièce volettent contre ton verre de gin. On trinque à la vie, on passe la tête par la fenêtre. Le ciel de juin vire au noir. Vient un battement au fond de la ville, un bruit qui monte, une rumeur, un grondement.
Et soudain, dans un éclatement multicolore, tous les oiseaux s’envolent.