Rive-Sud, un été

18 avril 2017

Par Ingrid

Catégorie : Articles

T’habites pas à Montréal, mais tu dis que t’habites à Montréal. Bonjour banlieue, chaleur bloquée, appesantie, les cris des enfants dans les piscines d’un mètre sur deux, les mouettes qui mangent les détritus du Couche-Tard et les sloches collantes achetées en maillot de bain.

Tu as trop vécu pendant ces étés-là. On dirait que les corps se réveillent d’un rêve anesthésiés, que le sang se remet à circuler, bleu, fougueux. Tes amours se bousculent toujours pendant l’été. Comme si plus rien n’existait tant que les lilas n’avaient pas explosé.

Les étés de Montréal te tuent. Il faut vivre, vivre, vivre, retourner la terre pour faire remonter les pelletées les plus noires, faire grouiller les vers et accoucher les graines les plus opiniâtres. Avaler à toute vitesse une bière brune et tendre le cou pour attraper le dernier rayon du soleil. Dévorer, engloutir, absorber. Par tous les moyens.

Dans la Buick ou la Camaro aux sièges brûlants, odeur de plastique, odeur de soleil, on roule dans le bruit du vent et du chemin de Chambly. Les hits de l’été donnent un sens à nos déplacements, de la piscine Marquette au dépanneur. On élève le triangle amoureux au carré, pour changer.

Montréal scintille, de l’autre côté du fleuve.

Le soleil se couche sur nos Heineken tiédies. Ça sent la merguez et les amours contrariées. Ça sent les jeunes esprits qui n’ont pas ce qu’ils veulent, et qui aimeraient mieux franchir le pont pour être de l’autre côté. Mais ils ne peuvent pas, alors il se tiennent chaud ensemble, collés sur les sièges moites de la grosse Américaine qui tousse gris sur la route trouée.

C’est bien comme ça.