Un jour flaque d’eau

9 décembre 2016

Par Ingrid

Catégorie : Articles

Le 25 novembre, François Lavallée offrait à Montréal la formation La traduction administrative… idiomatique! (volet II) de Magistrad. Des traducteurs de tous les horizons étaient présents pour perfectionner leur art et « sortir des sentiers battus ». Ingrid était de ces chanceux.

J’aime les jours flaque d’eau.

Les jours immobiles, ou drapés de lenteur, les jours orangés dans des salons trop chauds, les jours cendrés sur des campagnes trop froides. Les jours immenses, éthérés, vivants. Les jours flaque d’eau.

Vendredi était un de ces jours. Dehors, la ville grisaillait tout ce qu’elle pouvait, mugissant et crachant sa bruine gelée. Dans l’hôtel, entre les murs de moquette molle et les tables drapées, je buvais le jour comme un bon lait.

J’avais momentanément oublié que ma langue vivait. Que je la chérissais tant. Qu’au-delà des fonctions moins puissantes et poétiques qu’on lui prête parfois, elle restait toujours la même, un flux vivant riche à millions, pas difficile pour un sou, et coquet avec ça. J’avais momentanément oublié.

Mais c’était vendredi, et c’est François qui parlait, et qui nous rappelait, et qui nous réveillait. Sans relâche, pour ne pas qu’on oublie, pour ne pas qu’on abandonne, qu’on baisse les armes, qu’on baisse les bras. Qu’on laisse la paresse paralyser nos mots, et gangréner nos phrases, qu’on laisse la langue agoniser mille ans sur le bord du chemin.

Les jours flaque d’eau n’ont de flaque que l’apparence; sous la surface figée, des remous bouillonnants grondent, et l’envie, et l’impatience, et la soif, et la passion, elles revivent, elles remontent. Tu sais, l’inversion sujet-verbe, c’est bien beau, et puis, c’est important aussi, mais quand le temps aura évaporé ce vendredi-flaque d’eau, ce qui reste de ce que tu nous donnes, le sel de ce que tu nous transmets, c’est l’appétit du Beau.