Un vrai dimanche

1 mai 2015

Par Ingrid

Catégorie : Articles

Les vrais dimanches d’avant coulaient dans un brouillard de soleil sous un ciel myosotis. Dimanches d’avril pleins de bourrasques de crocus de nuages bourgeonnants de jonquilles de rides sur la surface des flaques et de bottes en caoutchouc. Ces vrais dimanches-là n’avaient pas d’heure je ne savais pas la lire de toute façon. Dimanche c’est l’odeur terreuse humide de la cabane les doigts collés par la sève du poirier le tapis rêche de la salle à manger râper son pantalon sur la dalle tiède de la cour et les fourmis.

Maintenant, je ne sais plus depuis quand, c’est différent. Les dimanches d’avril ne sentent rien, ne ventent pas, ne fleurissent plus. Ce sont des étoiles qui brillent que quand on ne les a pas encore regardées. L’heure fait de minuscules trous d’aiguille dans nos têtes. Déjà! On se saoule aux pages blafardes d’Internet. On ne regarde par la fenêtre que pour voir la nuit infiltrer la ville. Déjà? Facebook. Tic. Et c’est lundi. Tac.

Ce dimanche.
J’ai enlevé la grande horloge du mur de briques. J’ai caché les chiffres verts du four et du micro-ondes, j’ai éteint mon téléphone et j’ai ouvert la porte.

Le citronnier a demandé à être rempoté, et la rue Sainte-Catherine séchait au soleil.
Alors.
Doucement tranquillement le jour a coulé oui c’était un peu un vrai dimanche, le jour-fleuve-Saint-Laurent est devenu un jour-flaque-d’eau immobile, assise sur le pas de la porte les miettes de soleil dans les jonquilles en pot, jonquilles quand même, les moineaux gras pas peureux dans la rue sale et les reflets miroir des fenêtres en face lire lire lire lire sans compter sans tourner les yeux vers le mur de briques vide, au sortir du rêve les branches grises de l’érable municipal qui claquent et là-haut au sommet du dimanche le ciel, à nouveau, myosotis.